Niger : à Gouré et à Dosso, la valorisation du bétail améliore les revenus
Du lait transformé en yaourt à la viande grillée à la demande, la valorisation des produits issus de l’élevage ouvre de nouvelles opportunités économiques dans les régions pastorales du Niger. À Gouré, dans la région de Zinder, les femmes du groupement Achoura ont fait de l’élevage laitier un levier d’autonomisation. À Dosso, Amadou Abdel-Issaac a transformé son savoir-faire familial de boucher en une activité modernisée de valorisation de la viande. Deux initiatives soutenues par Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel-Phase II (PRAPS II), appuyé par la Banque mondiale et coordonné par le CILSS.
Gouré : le lait, moteur de l’autonomisation des femmes
À Gouré, l’élevage bovin constitue depuis plusieurs années une source de revenus importante pour les membres du groupement Achoura. À sa tête, Hadja Barakatou Souleymane accompagne 24 femmes engagées dans l’élevage et la valorisation du lait. « Nous avons commencé l’élevage des bovins en 2010. Depuis, notre cheptel s’est multiplié », explique-t-elle. Le groupement compte aujourd’hui 75 vaches et 24 veaux, pour une production qui varie fortement selon les saisons : jusqu’à 5 litres de lait par jour et par vache lorsque les conditions sont favorables, bien moins lorsque le pâturage et l’eau se raréfient.
Pour mieux valoriser cette production, les femmes se sont engagées dans la transformation du lait en fromage et en yaourt naturel, leur produit le plus rentable. Cette initiative a été facilitée par l’accompagnement du PRAPS II, qui a formé les femmes à la transformation et à la conservation du lait, et doté le groupement d’une boutique, d’un réfrigérateur, de panneaux solaires et d’un appui en aliments du bétail.
« Nous pouvons payer les frais de scolarité de nos enfants et soutenir nos maris lorsque leurs revenus sont insuffisants pour assurer certaines dépenses alimentaires » témoigne la présidente du groupement.
Les revenus tirés de la vente du lait et de ses dérivés profitent à toute la communauté : une partie sert à acheter du son revendu à prix accessible aux membres, une autre alimente une caisse commune qui finance d’autres activités génératrices de revenus. Il reste toutefois des défis à relever : le groupement souhaite mettre en place une banque d’aliments pour bétail et obtenir un forage pour l’abreuvement du cheptel, l’eau courante représentant une charge importante.
Dosso : de la boucherie familiale à la mini-charcuterie moderne
À Dosso, le métier de boucher se transmet chez Amadou Abdel-Issaac de génération en génération. « J’ai appris le travail chez mon papa, parce qu’il était un boucher », raconte-t-il. Fort de cette expérience, Amadou a choisi de développer son activité en aménageant un espace plus adapté à la transformation et à la commercialisation de la viande, grâce à un financement de 14 millions de FCFA du PRAPS II, complété par un apport personnel de 6 millions.
« Le PRAPS II m’a aidé en octroyant 14 millions. J’ai mis 6 millions, on a démarré le travail » explique-t-il.
L’infrastructure comprend une salle à manger, un hangar, une salle de réunion, une cuisine et des magasins. Initialement conçu pour préparer et commercialiser poulet, merguez, boudin et méchoui, l’espace s’est progressivement élargi à la vente de brochettes, de frites et de jus, permettant à la clientèle de se restaurer sur place ou d’acheter à emporter, y compris la nuit.
« Avant, je vendais 2 kilos, 3 kilos, mais maintenant, grâce à Dieu, je vends au moins 10 kilos, 15 kilos » se réjouit-il.
Cette progression s’accompagne d’une création d’emplois : Amadou travaille désormais avec quatre personnes. « Merci beaucoup au PRAPS II. Grâce à Dieu, ils m’ont aidé pour mon travail », confie-t-il, avec l’ambition de faire de son espace un véritable point de référence pour la consommation de viande à Dosso.
Deux filières, un même levier de développement
Si leurs parcours diffèrent, les expériences des bénéficiaires du PRAPS-2 à Gouré et à Dosso illustrent une même dynamique : celle d’un appui qui permet à des femmes et à des jeunes de transformer un savoir-faire pastoral, laitier ou boucher, en activité économique structurée. Les formations, les équipements et les financements ciblés se traduisent par des revenus plus stables, des emplois créés et une plus grande autonomie, pour les femmes du groupement Achoura et pour Amadou Abdel-Issaac et ses quatre employés.
Ces trajectoires s’inscrivent dans un mouvement plus large : au Niger, le PRAPS II, soutenu par la Banque mondiale à hauteur de 110 millions de dollars US, a déjà financé 50 sous-projets innovants des chaînes de valeur du bétail, pour un montant de 829 900 000 FCFA, au bénéfice de 3 586 personnes. Ces initiatives démontrent comment un accompagnement adapté aux filières pastorales renforce les revenus et la résilience des communautés rurales.